L'humour de chez nous est d'abord celui de l'autodérision. Nous sommes dans un petit pays et nous devons rêver, faire agir l'imagination pour exister.
Nous avons été souvent envahis et le second degré est une défense, tout comme le surréalisme, le non-sens. Il n'est pas simple d'expliquer aux autres le génie de « Ceci n'est pas une pipe » de Magritte !
L'autodérision c'est s'inclure dans l'humour et ne pas blesser les autres. C'est rire pour ne pas devoir pleurer de la situation. C'est avoir un grain de folie dans le quotidien de la vie.
Il n'est pas étonnant de découvrir dans les statistiques européennes que la Belgique arrive en tête du « taux de bonheur », avec 76% (septante-six, bien entendu). Nous aimons rire et partager ce rire.
Si vous avez mon âge, vous vous souvenez des premiers jeux de mots lus dans Hergé, comme dans Tintin au pays de l'or noir. C'est un matelot en état de choc et qui divague : « Comment vas-tu…yau de poil ? Et toi, ture en zinc ? » (P. 14, 3e case). Ce sont des jeux de mots, des phrases qui utilisent les sons d'un mot pour mettre en avant sa ressemblance avec un autre mot, dont le sens n'a rien à voir. Cela crée de l'humour.
Plus récemment, on trouve en Jean-Luc Fonck un champion du style, comme dans ce titre : « Rouillez, jeunesse ! »
Rappelons en passant que nous sommes en « insécurité » linguistique, puisque nous sommes confrontés sur notre territoire à plusieurs langues et patois. C'est pourquoi nombre de grammairiens ont vu le jour chez nous. Nous avons été en pointe de la féminisation des noms de métier ou de la nouvelle orthographe, et aussi dans les jeux de mots et la poésie.
Rendons hommage à notre barde wallon, Julos Beaucarne, qui avait imaginé en 2004 des textes sur une cinquantaine de panneaux le long de nos routes, afin de faire connaître nos régions. Exemple : « Le pays où les granges sont des navires » pour Jodoigne. Est-ce un hasard, si le premier texte fut installé près de Champion ?
Ce qui nous rappelle cette déclaration du Chat de Philippe Geluck : « En Belgique, on n'a peut-être pas beaucoup de champions du monde, mais dans le monde, ils n'ont pas autant de champions de Belgique que chez nous ! » (La vengeance du Chat)
Mais qu'est-ce que le calembour ? C'est un jeu de mots fondé sur des ressemblances de sons et des différences de sens. On cite souvent l'exemple de « Vieux motard que jamais » pour « Mieux vaut tard que jamais ».
Il semble d'ailleurs que l'origine de « calembour » se trouve dans La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d'Ulenspiegel de l'écrivain belge Charles De Coster, où l'on suit le personnage du fou de la ville de Calembourg !
Les jeux de mots que vous allez savourer dans ce livret ont donc leurs lettres de noblesse !
« On sent que l'humour est enfin pris au sérieux » a dit en souriant Vincent Taloche, président de la Fédération d'humour belge.
J'ajouterai pour conclure : « Mais toujours sans se prendre au sérieux ».
Jacques Mercier